Le secteur de la musique regorge de métiers aussi passionnants que parfois méconnus. C'est pourquoi nous avons décidé de lancer une série d'interviews permettant de mettre en lumière des métiers et des professionnel·le·s qui œuvrent dans l'industrie de la musique.
Pour inaugurer cette série, nous avons choisi de mettre en lumière le métier de gérant de label à travers le parcours de Yann Dulché, fondateur du label Thrills & Beats Records.
Salut Yann. Merci de prendre le temps de répondre à quelques questions pour notre blog ! Tu as fondé le label Thrills & Beats à Londres en 2011. À l’origine, c’était un projet très personnel pour sortir tes propres sons. À quel moment as-tu souhaité faire évoluer ton label vers un label ouvert à d’autres artistes ?
J’ai effectivement monté mon label pour moi : Je voulais sortir mes travaux, et à défaut de connaitre quiconque dans le milieu, je me suis débrouillé seul en autodidacte… Seulement quelques mois après la sortie de mon 1er EP « Together », j’ai eu un coup de cœur pour un artiste, R3SET (génie de la synthwave), dont les titres n’étaient dispos que sur YouTube. Vu que je venais de tout mettre en place pour moi, je lui ai proposé de sortir son EP « Runaway » sur les plateformes via ma structure. Puis d’autres artistes sont venus à moi…

Comment choisis-tu les groupes et artistes que tu accompagnes ? Qu’est-ce qui doit absolument être présent pour que tu aies envie de t’investir sur un projet ?
Je ne fonctionne que par coup de cœur. Je suis attiré par des projets singuliers qui ne ressemblent à rien d’autre, mais dont le point commun est souvent la dimension cinématographique, des créateurs passionnés qui nous plongent dans leur univers. L’authenticité est la clé.
Je peux également vous dire ce qui n’est pas un facteur : le potentiel de succès commercial. Si j’ai un coup de cœur, j’ai besoin d’aider le projet à exister. Je ne me demande pas si « ça va marcher ». L’argent et la « fame » ne sont pas la motivation, (sinon j’aurais abandonné depuis longtemps !) C’est la passion qui m’anime.
Le nom du label reflète deux facettes de ta musique : le piano et l’électronique. Comment cette dualité « Thrills » / « Beats » structure-t-elle encore aujourd’hui l’identité du label ?
Je suis un pianiste / compositeur à la base, devenu DJ / producteur de musique électronique. Tout mon répertoire et celui du label va de l’acoustique (piano, cordes, musique narrative) à l’électronique (house, club...) en passant par tout ce qu’il y a entre les 2 (ambiant, trip-hop, breakbeat, deep house, french touch…) Ce sont ces 2 mondes : « Thrills » (représentant l’acoustique) et « Beats » (représentant l’électronique) et leurs infinies rencontres qui suscitent mon intérêt et celui du label.
En 2017, Thrills & Beats quitte Londres pour s’installer près de Paris. Qu’est-ce que ce changement de pays a modifié dans ta manière de travailler et dans le développement du label ?
Mes raisons de quitter Londres pour Paris étaient d’abord personnelles, mais il faut reconnaitre aussi que la majorité de mon activité était en France, même avec mon label basé aux UK ! Je pense que mon répertoire touche plus les français (cette fameuse « touche française » ?) et amenait à une majorité de bookings & opportunités en France. « Revenir à la maison » (après 7 ans à Londres) a semblé une suite logique, qui a clairement boosté l’activité du label. On se plaint beaucoup en France, mais nos structures sont géniales : Je suis membre de la SACEM, de l’ADAMI, de la SCPP, de la FELIN, ces différentes structures organisent des rencontres, soutiennent les projets via des subventions… On est bien en France, et surtout à Paris, où tout est à portée de main !
Concrètement, en tant que gérant de label, quelles sont tes missions ?
Produire des records, qu’ils soient de moi ou d’autres artistes, ou encore des compilations, l’idée est de contribuer à la grande industrie du disque en y ajoutant des projets authentiques qui méritent d’être découverts. Ça passe par la découverte de l’artiste, l’accompagnement vers la production d’un EP / album (quels outils / DA de la réalisation artistique, aider à trouver des collaborateurs, chanteurs, musiciens, auteurs, jusqu’au mastering et à la création des visuels…), la communication de l’artiste : DA de son univers / cohérence avec sa musique / présence réseaux sociaux, toute la partie administrative : SACEM, SCPP et contractuelle (contrat d’édition, de licence, de remixes...) C’est très global !
Avec du recul, quel est ton plus beau souvenir depuis la création du label ? À l’inverse, quelle a été la difficulté la plus marquante à laquelle tu as dû faire face, et comment tu as réussi à la surmonter ?
Lire un article de presse qui soutient un projet, ou voir un DJ jouer un morceau du label, apporte une validation hyper précieuse pour nous qui créons cette musique.
Pour ma part, il y a une tonne de bons souvenirs : un de mes morceaux sélectionné pour une célèbre compilation Café Del Mar, un article dans DJ Mag, ou encore un LIVE sur la Tour Eiffel… Des artistes que j’admire qui ont accepté une collaboration, comme Télépopmusik, DJ Cam, Anoraak, Fred Falke, Superfunk, Baltra…
Les difficultés sont inévitables aussi entre deux : des collaborations légendaires à 2 doigts de se faire qui ne se font plus, des collaborateurs qui ne veulent plus travailler ensemble, des événements annulés à la dernière minute. Il faut aussi allier « vie de musicien » et « vie perso », pas toujours facile avec une famille.
Je ne sais pas si j’ai une difficulté majeure, si ce n’est la déception, qui peut revenir régulièrement, du fait de toujours espérer +, mais il faut la traverser, savoir apprécier ce que l’on a déjà accompli, et puiser des ressources dans ce qui nous anime pour avancer.
Quelles sont, pour toi, les qualités indispensables à avoir pour pouvoir gérer un label ?
C’est bateau, mais être sympa avec tout le monde, tout le temps, me semble être un bon départ. En 1 exemple : un mec avec qui j’ai été sympa à Londres il y a 15 ans m’a booké en Arabie saoudite pour mon + gros gig ever 10 ans plus tard. C’est bon pour le karma d’être sympa :)
Sinon être organisé, savoir séparer le temps « artiste » du temps « entrepreneur » (pour moi c’est carrément 2 bureaux différents). Garder des sauvegardes de tout : tous les projets Logic des premiers morceaux, ils peuvent percer 10 ans plus tard justifiant un nouveau mix… Être exigeant ! Payer un bon mastering, un bon artwork, pour que ça sonne toujours bien et que ça soit toujours beau dans 50 ans. Être curieux, il y a plein de bonnes choses qui se passent dans les imprévus, que ce soit en musique ou dans les rencontres… Et bien sûr, être passionné ! Car quand on n’est ni riche ni célèbre, c’est ce qui fait continuer lol.
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un qui rêve d’ouvrir son propre label indépendant aujourd’hui ?
N’écoute que toi et ne te laisse pas décourager par quiconque, si tu as une vision, fais tout pour lui donner vie. Les erreurs deviennent de l’expérience qui rendent plus fort. On ne regrette que ce qu’on ne fait pas.
Pour conclure cette interview, on te laisse nous parler des prochaines grosses actus de Thrills & Beats !
Mon plus gros projet à ce jour c’est mon nouvel album perso : LA DULCHÉ VITA. Presque 2 ans de travail, une production léchée, de belles collabs, une sortie mieux préparée que jamais. Venez écouter ou découvrir en LIVE ici : https://linktr.ee/YannDulche
Et sinon, il serait temps que je crée une compilation de label pour célébrer 15 ans d’existence ! Ce sera probablement le prochain projet :)
MERCI DISTROLUTON !
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